Textes des Magistrères sur le Saint-Esprit

Texte sur le Saint-Esprit.
Symbole des Conciles de Nicée et Constantinople (325-381)


Je crois en un seul Dieu Père tout-puissant […] et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles […] et en l'Esprit-Saint, Seigneur et qui donne la vie, qui procède du Père et du Fils, qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes. […]


IV° Concile de Latran (1215)


Nous croyons fermement et nous confessons franchement qu'Unique est le vrai Dieu, éternel, immense et immuable, incompréhensible, tout-puissant et ineffable, Père et Fils et Saint-Esprit : trois personnes, en vérité, mais une seule essence, une substance ou nature absolument unique : le Père n'est de personne, le Fils est du Père seul, et le Saint-Esprit est également de l'Un et de l'Autre : Ils sont sans commencement, toujours, et sans fin : le Père engendre, le Fils naît, le Saint-Esprit procède : ils sont consubstantiels, et co-égaux, et co-omnipotents et co-éternels : principe unique de toutes choses. […]


Catéchisme du Concile de Trente (publié en 1566)

Extrait du Chapitre IX : "Je crois au Saint-Esprit"


II. : Ce que c'est que le Saint-Esprit.

Pour commencer, il faut bien expliquer d'abord quelle idée et quel sens on attache ici au mot Saint-Esprit. C'est qu'en effet il peut s'appliquer aussi bien au Père et au Fils. (Tous deux sont Esprit, et tous deux sont Saints, et nous faisons profession de croire que Dieu est Esprit.) D'autre part, on donne également ce nom aux anges et aux âmes des justes. Il faut donc prendre garde qu'il n'y ait ni équivoque, ni erreur dans l'esprit des fidèles. Par conséquent il est nécessaire de leur apprendre que par le Saint-Esprit on entend ici la troisième Personne de la Sainte Trinité. C'est ainsi qu'on L'appelle quelquefois dans l'Ancien Testament, et très souvent dans le Nouveau. David dit à Dieu, dans sa prière : N'éloignez pas de moi votre Saint-Esprit. Le Sage s'écrie : Qui connaîtra vos desseins, Seigneur, sinon celui à qui vous donnerez la Sagesse, et à qui vous enverrez d'en-haut votre Esprit-Saint ? - Dans un autre endroit, il dit : Dieu a créé la Sagesse dans le Saint-Esprit. - Dans le Nouveau Testament Jésus-Christ ordonne de baptiser les Nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Nous y lisons que la Très Sainte Vierge a conçu par le Saint-Esprit. Enfin, saint Jean nous renvoie à Jésus-Christ pour qu'Il nous baptise dans le Saint-Esprit ; sans parler d'un grand nombre d'autres textes de nos saints Livres où nous rencontrons la même expression. Et personne ne doit trouver étrange qu'on n'ait pas donné de nom particulier à la troisième Personne de la Sainte Trinité, aussi bien qu'à la première et à la seconde. Si la seconde Personne a un nom qui lui est propre, si elle s'appelle le Fils, c'est que sa naissance éternelle du Père s'appelle proprement génération, comme nous l'avons dit dans les précédents articles. Et du moment que cette naissance peut porter le nom de génération, nous avons le droit d'appeler Fils la Personne qui émane, et Père celle de qui elle émane. Mais comme l'émanation de la troisième Personne n'a pas de nom qui lui soit propre, et qu'on l'appelle simplement aspiration et procession, (qui sont des noms communs), par cela même, la Personne ainsi produite manque nécessairement de dénomination particulière. Et la raison en est que tous les noms que nous donnons à Dieu, nous sommes forcés de les emprunter aux choses créées. Et comme d'autre part nous ne connaissons pas, dans les créatures, d'autre communication de nature et d'essence que celle qui se fait par voie de génération, il nous est impossible d'exprimer par un nom propre cette communication que Dieu fait de Lui-même et de son Etre tout entier par voie d'amour. C'est pourquoi la troisième Personne de la Sainte Trinité porte la dénomination commune d'Esprit-Saint, dénomination d'ailleurs qui lui convient parfaitement, parce que, d'une part, c'est elle, la troisième Personne, qui répand dans nos âmes la vie spirituelle (la vie de l'Esprit) et parce que, d'autre part, sans le souffle et l'inspiration de cet Esprit très saint, nous ne pouvons rien faire qui mérite la vie éternelle.

Le sens du mot Saint-Esprit étant bien expliqué, il faut ensuite enseigner au peuple que le Saint-Esprit est Dieu, comme le Père et le Fils, qu'Il leur est égal en toutes choses, Tout-Puissant comme eux, éternel comme eux, et comme eux d'une perfection, d'une grandeur, d'une bonté, d'une sagesse infinies, en un mot qu'Il a la même nature. Cette égalité est suffisamment indiquée par ce petit mot : en, que nous employons, quand nous disons : Je crois en l'Esprit-Saint. Ce mot, nous le plaçons en effet devant le nom de chaque Personne de la Sainte Trinité : (Je crois en Dieu, et en Jésus-Christ) ; c'est une manière d'exprimer la plénitude et la force de notre Foi.

Du reste cette vérité a pour elle les témoignages les moins douteux de la Sainte Ecriture. Par exemple, lorsque saint Pierre, dans les Actes des apôtres, dit : Ananie, pourquoi Satan a-t-il tenté votre cœur, au point de vous faire mentir au Saint-Esprit ? il ajoute aussitôt : Ce n'est point aux hommes que vous avez menti, mais à Dieu ; donnant ainsi le nom de Dieu à Celui qu'il venait d'appeler le Saint-Esprit. De mêmes l'Apôtre écrivant aux Corinthiens applique au Saint-Esprit le nom de Dieu qu'il venait de prononcer. II y a, leur dit-il, diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous. Et il ajoute : oui, c'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun ses dons comme il lui plaît. De plus, le même apôtre attribue au Saint-Esprit, dans le livre des Actes, ce que les prophètes rapportent à Dieu seul. Isaïe avait dit : J'ai entendu cette voix du Seigneur : Qui enverrai-je ? Puis, il me dit : Va, dis à ce peuple : votre cœur s'appesantit, et vos oreilles deviennent sourdes et vous bouchez vos yeux pour ne pas voir, et vous fermez vos oreilles pour ne pas entendre. Or, l'Apôtre, citant ces paroles, (et s'adressant aux Juifs) s'exprime ainsi : ce que le Saint-Esprit a dit par la bouche du prophète Isaïe est bien vrai.

D'un autre côté, lorsque nous voyons la sainte Ecriture joindre la Personne du Saint-Esprit à la Personne du Père et du Fils, comme dans l'endroit où elle ordonne de conférer le baptême au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit, aucun doute n'est plus possible sur la vérité de ce mystère ; car si le Père est Dieu, et si le Fils est Dieu, nous sommes obligés de reconnaître que le Saint-Esprit l'est aussi, puisque l'Ecriture le met sur le même rang que le Père et le Fils.

De plus, le fait d'être baptisé au nom d'une créature quelconque ne peut procurer aucun avantage. Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés, dit l'Apôtre ? Et en parlant ainsi, il voulait faire entendre évidemment qu'un baptême de ce genre serait inutile pour le salut. Si donc nous sommes baptisés au nom du Saint-Esprit, nous devons confesser qu'Il est Dieu.

Ce même ordre des trois Personnes divines, qui nous fournit la preuve de la divinité du Saint-Esprit, se remarque également dans cette épître de saint Jean, où nous lisons : Il y en a Trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et l'Esprit-Saint, et ces Trois ne sont qu'une seule et même chose. Cet ordre se retrouve aussi dans cet éloge magnifique de la Sainte Trinité qui termine les psaumes et les cantiques sacrés : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit !

Enfin, ce qui confirme puissamment cette Vérité c'est que l'Ecriture sainte attribue d'une manière formelle au Saint-Esprit tout ce qui, selon les données de la foi, n'est propre qu'à Dieu seul. Ainsi elle lui reconnaît des temples : Ne savez-vous pas, dit l'Apôtre, que nos membres sont les temples du Saint-Esprit ? Elle lui attribue le pouvoir de sanctifier, de vivifier et de scruter les profondeurs de Dieu, de parler par les prophètes, d'être partout ; autant de perfections qui ne conviennent qu'à Dieu.

Ce n'est pas tout. Il faut de plus expliquer aux fidèles, et avec beaucoup de soin, non seulement que le Saint-Esprit est Dieu, mais encore qu'Il est la troisième Personne dans l'Essence divine, parfaitement distincte du Père et du Fils, et produite par la volonté de l'Un et de l'Autre. C'est l'enseignement même de la foi. Car sans parler des autres témoignages de l'Ecriture, la forme du baptême que notre Sauveur nous a apprise montre très clairement que le Saint-Esprit est une troisième Personne qui subsiste par Elle-même dans la nature divine et qui est distincte des deux autres. Ainsi le déclare l'Apôtre, quand il dit : que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et la charité de Dieu, et la communication du Saint-Esprit soient avec tous. Amen ! Mais, ce qui plus que tout le reste met cette vérité en pleine lumière, c'est la déclaration formelle du premier Concile œcuménique de Constantinople. Pour réfuter l'hérésie absurde et impie de Macédonius, les Pères de ce Concile ajoutèrent au Symbole de Nicée ces mots si importants : Je crois au Saint-Esprit Notre Seigneur, qui donne la vie, qui procède du Père et du Fils, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes (*). En confessant que le Saint-Esprit est notre Seigneur, il montre par le fait combien Il est au-dessus des Anges, qui sont cependant les plus nobles esprits que Dieu ait créés, tous, au témoignage de saint Paul, des esprits administrateurs, envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du Salut. Ils disent encore qu'Il donne la vie, parce que de son union avec Dieu l'âme tire une vie plus réelle que celle dont jouit le corps par son union avec l'âme. Et comme l'Ecriture sainte attribue au Saint-Esprit cette union de l'âme avec Dieu il est clair qu'on a parfaitement raison de Lui donner le nom d'Esprit vivifiant.

Pour expliquer les paroles qui suivent : Qui procède du Père et du Fils, il faut bien faire entendre aux fidèles que le Saint-Esprit procède de toute éternité du Père et du Fils, comme d'un principe unique. Cette vérité est proposée à notre foi par les définitions mêmes de l'Eglise, dont un chrétien n'a jamais le droit de s'écarter, et elle est confirmée par l'autorité de nos saints Livres et des Conciles. En effet, Notre-Seigneur Jésus-Christ parlant du Saint-Esprit, dit : Il Me glorifiera parce qu'Il recevra de ce qui est à Moi. Et lorsque nous voyons dans la sainte Ecriture qu'Il est appelé tantôt l'Esprit du Christ, tantôt l'Esprit du Père ; qu'Il est envoyé, tantôt par le Père, tantôt par le Fils, c'est bien la preuve manifeste qu'Il procède également de l'un et de l'autre. Celui qui n'a pas l'Esprit de Jésus-Christ, dit saint Paul, n'est point à Lui. Et dans l'épître aux Galates, il appelle encore le Saint-Esprit, l'Esprit de Jésus-Christ : Dieu, dit-il, a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : mon Père, mon Père ! De son côté, Notre-Seigneur, dans saint Matthieu, l'appelle l'Esprit du Père : Ce n'est pas vous qui parlez, mais l'Esprit de votre Père. Et dans la Cène, Il s'exprime ainsi : Le consolateur que je vous enverrai, c'est l'Esprit de vérité qui procède du Père, et qui rendra témoignage de Moi. Ailleurs, Il nous annonce en ces termes que le même Esprit-Saint sera envoyé par le Père : Le Père l'enverra en mon Nom. Toutes ces expressions s'entendent évidemment de la procession du Saint-Esprit, il est donc bien clair et bien certain qu'Il procède du Père et du Fils.

Voilà ce qu'il faudra dire de la personne du Saint-Esprit.

(*) " Et in Spiritum Sanctum, Dominum, et vicificantem : qui ex Patre, Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. "

III. - Des choses qui sont spécialement attribuées au Saint-Esprit.

Mais de plus les pasteurs devront expliquer avec soin certains effets admirables, certains dons excellents que la foi lui attribue, et qui sortent et découlent de lui comme de la source éternelle de la bonté. Il est vrai que toutes les opérations extérieures de la Sainte Trinité sont communes aux trois Personnes. Cependant il en est quelques-unes que l'on attribue plus particulièrement au Saint-Esprit, pour nous faire comprendre qu'elles viennent de l'immense charité de Dieu envers nous. Le Saint-Esprit, en effet, procède de la volonté de Dieu, comme par un embrasement d'amour et dès lors il est facile de concevoir que les effets qui lui sont spécialement attribués doivent découler de l'amour infini de Dieu pour nous.

C'est pour la même raison que le Saint-Esprit est appelé don. Car on appelle don ce qui est accordé libéralement, gratuitement et sans espoir de récompense. Ainsi tous les biens, toutes les grâces que nous avons reçues de Dieu - Et qu'avons-nous que nous n'ayons reçu de Lui, dit l'Apôtre ? - nous les tenons de la libéralité du Saint-Esprit. Et cela nous devons le reconnaître avec une sincère et pieuse gratitude.

Les effets produits par le Saint-Esprit sont nombreux. Car sans parler ici de la création, de la propagation des créatures, du gouvernement du monde - sujets que nous avons traités dans le premier article du Symbole - nous venons de démontrer à l'instant qu'on lui attribue proprement la vivification spirituelle, et les paroles suivantes d'Ezéchiel sont un véritable témoignage en faveur de cette vérité : Je vous donnerai mon Esprit, et vous vivrez.

Voici comment Isaïe énumère les effets (ou les dons) principaux du Saint-Esprit, et ceux qui lui conviennent plus spécialement : il l'appelle l'Esprit de sagesse et d'intelligence, l'Esprit de conseil et de force, l'Esprit de science et de piété, l'Esprit de crainte du Seigneur. Effets que l'on nomme communément les dons du Saint-Esprit, et auxquels on donne aussi quelquefois le nom même de Saint-Esprit. C'est pourquoi, remarque judicieusement saint Augustin, " lorsque nous rencontrons le mot de Saint-Esprit dans la sainte Ecriture, il faut bien voir s'il s'agit de la troisième Personne de la Sainte Trinité, ou seulement de ses effets et de ses opérations. Car ces deux choses diffèrent autant l'une de l'autre que Dieu lui-même diffère de la créature ".

Il convient de faire ressortir ces commentaires avec un soin particulier, car ces dons du Saint-Esprit sont pour nous comme une source divine où nous puisons les préceptes de la vie chrétienne, et par eux encore nous pouvons savoir si le Saint-Esprit habite vraiment en nous.

Entre ces dons magnifiques, celui qui, dans notre esprit, doit passer avant tous les autres, c'est la grâce qui nous justifie, et qui nous marque du sceau de l'Esprit-Saint, qui a été promis, et qui est le gage de notre héritage.

C'est cette grâce, en effet, qui nous attache à Dieu par les liens les plus étroits de l'amour, qui allume dans nos cœurs le zèle ardent de la piété, qui nous fait entreprendre une vie nouvelle, qui nous rend participants de la nature divine, et nous fait mériter le nom et la qualité réelle d'enfants de Dieu.


Encyclique "Divinum Illud" de Léon XIII (9 mai 1897)

Extrait


Le juste qui vit déjà de la vie de la grâce, et chez lequel les vertus jouent le rôle des facultés dans l'âme, a absolument besoin des sept dons qu'on appelle plus particulièrement dons du Saint-Esprit. Par ces dons, l'esprit se fortifie et devient apte à obéir plus facilement et plus promptement aux paroles et aux impulsions du Saint-Esprit ; ils sont d'une telle efficacité qu'ils conduisent l'homme au plus haut degré de la sainteté, si excellents qu'ils demeureront les mêmes dans le royaume des cieux, bien qu'à un degré plus parfait. Grâce à eux, l'âme est amenée et excitée à désirer et à atteindre les béatitudes évangéliques qui, comme des fleurs que le printemps voit éclore, sont signes précurseurs de la béatitude éternelle. Enfin, quelle suavité dans ces fruits énumérés par l'Apôtre et apportés par l'Esprit-Saint aux âmes justes dès cette vie périssable ; pleins de douceur et d'allégresse, ils rappellent l'Esprit qui les produit, lui " qui, dans la Trinité, est la suavité du Père et du Fils, et qui répand sur toutes les créatures ses généreuses et fécondes largesses " . Ainsi donc l'Esprit divin procédant du Père et du Verbe dans l'éternelle lumière de la sainteté, Amour et Don tout ensemble, après s'être montré dans l'Ancien Testament sous le voile des figures, s'est répandu lui-même avec abondance dans le Christ et dans l'Eglise son corps mystique. Par sa présence et sa grâce, il a retiré les hommes engagés dans la corruption et le vice d'une façon si radicale que, n'étant plus terrestres tout en restant sur la terre, ils deviennent, par leurs goûts et leurs désirs, semblables aux élus du ciel.

Ces dons sont si grands et ils montrent si nettement l'immense bonté de l'Esprit-Saint à notre égard qu'ils nous obligent à lui témoigner ardemment piété et soumission. Pour y parvenir avec sûreté et perfection, appliquons-nous chaque jour davantage à le connaître, l'aimer, l'invoquer : puisse cette exhortation, jaillie de Notre cœur paternel, provoquer cette résolution. Peut-être y a-t-il encore aujourd'hui des chrétiens qui, interrogés comme ceux auxquels l'Apôtre demandait jadis s'ils avaient reçu le Saint-Esprit, répondraient comme eux : Mais nous n'avons même pas entendu dire qu'il y eût un Saint-Esprit. En tout cas, beaucoup ne connaissent pas cet Esprit ; ils le nomment souvent dans leurs exercices de piété, mais avec une foi très peu éclairée. En conséquence, que les prédicateurs et tous ceux qui ont charge d'âmes se souviennent qu'il leur incombe le devoir de transmettre avec zèle et en détail tout ce qui concerne le Saint-Esprit, en écartant toutefois les controverses ardues et subtiles, afin d'éviter les vaines témérités de ceux qui voudraient imprudemment scruter tous les mystères divins. Il importe plutôt de rappeler clairement les bienfaits sans nombre qui ne cessent de découler sur nous de cette source divine ; ils dissiperont ainsi entièrement l'erreur et l'ignorance qui sont indignes des Fils de Lumière. Nous insistons sur ce point, non seulement parce qu'il s'agit d'un mystère qui nous conduit directement à la vie éternelle, et que, par conséquent, nous devons croire fermement, mais encore parce que le bien est d'autant plus aimé qu'il est plus clairement et plus pleinement connu. On doit aimer l'Esprit-Saint - et c'est le second point que nous avions annoncé - parce qu'il est Dieu : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces. On doit l'aimer parce qu'il est l'Amour premier, substantiel, éternel, et rien n'est plus aimable que l'amour ; on doit l'aimer d'autant plus qu'il nous a comblés de plus grands bienfaits lesquels témoignent de sa munificence et appellent notre gratitude. Cet amour a une double utilité fort appréciable. Il nous excitera à acquérir chaque jour une connaissance plus complète de l'Esprit-Saint : " Celui qui aime, dit le Docteur Angélique, ne se contente pas d'un aperçu superficiel de l'objet aimé ; mais il s'efforce d'en rechercher tous les détails intimes, et il pénètre tellement dans son intimité qu'on dit de l'Esprit-Saint, Amour de Dieu, qu'il scrute même les profondeurs divines " ; et d'autre part, si nous l'aimons, le Saint-Esprit nous accordera ses dons célestes en abondance car, si l'ingratitude ferme la main du bienfaiteur, la reconnaissance la fait s'ouvrir. Mais il faut veiller à ce que cet amour ne se borne pas à une aride connaissance ni à un hommage purement extérieur ; qu'il soit, au contraire, prompt à agir, en particulier à éviter le péché, qui offense spécialement le Saint-Esprit. En effet, tout ce que nous sommes, nous le sommes par la bonté divine, qui est attribuée spécialement au Saint-Esprit. Celui qui pèche offense ce Bienfaiteur divin. Il abuse, en effet, de ses dons et s'appuie indûment sur sa bonté, versant par là chaque jour davantage dans la présomption.

L'Esprit-Saint étant Esprit de vérité, si quelqu'un tombe par faiblesse ou ignorance il aura peut-être une excuse aux yeux de Dieu, mais celui qui combat la vérité et s'en détourne par malice, pèche gravement contre le Saint-Esprit. Cette faute s'est tellement multipliée de nos jours qu'il semble que nous soyons arrivés à cette époque perverse prédite par saint Paul, où les hommes, aveuglés par un juste jugement de Dieu, regarderont comme vrai ce qui est faux et croiront au prince de ce monde, qui est menteur et père du mensonge, comme s'il était le docteur de la vérité. Dieu leur enverra l'esprit d'erreur afin qu'ils croient au mensonge ; dans les derniers temps, certains abandonneront la foi, s'attachant à l'esprit d'erreur et aux doctrines diaboliques.

Mais puisque l'Esprit-Saint, comme Nous l'avons dit, habite en nous ainsi qu'en un temple, il faut rappeler le précepte de l'Apôtre : Ne contristez pas l'Esprit de Dieu dont vous portez le signe. Il ne suffit pas au chrétien d'éviter le mal, il doit encore briller de l'éclat de toutes les vertus afin de plaire à un hôte si noble et si bon. En premier lieu, qu'il rayonne de pureté et de sainteté, qualités qui conviennent à un temple. C'est pourquoi l'Apôtre dit encore : Ignorez-vous que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu'un profane le temple de Dieu, Dieu le perdra ; car le temple que vous êtes est saint ; menace terrible, il est vrai, mais combien juste !

Enfin il faut invoquer l'Esprit-Saint, car il n'est personne qui n'ait grand besoin de son aide et de son secours. Tout dépourvus que nous sommes de sagesse et de force, accablés par les épreuves, portés au mal, nous devons tous chercher un refuge auprès de celui qui est la source éternelle de la lumière, de la force, de la consolation, de la sainteté. C'est à lui d'abord qu'il faut demander ce bien indispensable aux hommes, la rémission des péchés : " Le propre de l'Esprit-Saint est d'être le don du Père et du Fils ; la rémission des péchés se fait par l'Esprit-Saint, en tant que don de Dieu. " De cet Esprit dont la liturgie dit expressément : " il est la rémission de tous les péchés. " Comment faut-il le prier ? L'Eglise nous l'enseigne très clairement, elle qui le supplie et l'adjure par les noms les plus doux : " Venez, Père des pauvres ; venez, distributeur des grâces ; venez lumière des cœurs ; consolateur excellent, doux hôte de l'âme, agréable rafraîchissement " ; elle le conjure de laver, de purifier, de baigner nos esprits et nos cœurs, de donner à ceux qui ont confiance en lui " le mérite de la vertu, une heureuse mort et la joie éternelle ". Et l'on ne peut douter qu'il n'écoute ces prières, celui qui fait écrire de lui-même : L'Esprit lui-même supplie pour nous avec des gémissements inénarrables. Enfin il faut lui demander assidûment et avec confiance de nous éclairer de plus en plus, de nous embraser des feux de son amour, afin qu'appuyés sur la foi et la charité nous marchions avec ardeur vers les récompenses éternelles, car il est le gage de notre héritage.


Prière de Pie XII (14 mai 1942)

Extrait de l'homélie prononcée à Saint-Pierre de Rome, en la fête de l'Ascension, au 25° anniversaire de son sacre.


Esprit créateur, qui planant sur les eaux de l'univers créé, renouvelas la face de la terre ; Toi qui fis parvenir la première annonce de la vérité du salut aux Romains présents à Jérusalem qui écoutaient la prédication de saint Pierre (1) ; vers les fils de cette Rome, cœur du monde, à qui, plus tard, Pierre, par sa vie d'apôtre, et sa mort de martyr, témoigna la fermeté de sa foi, la fixité de son espérance, l'immensité de son amour, " tourne-toi ; regarde du haut du ciel, vois et prends soin de cette vigne, protège ce que tu as planté de ta main (2) ".

Descends, ô Esprit créateur ! Oui, Tu es déjà descendu, Tu es avec nous, Tu es près de l'épouse du Christ, Tu es sa vie, son âme, son réconfort, sa défense à tous moments et particulièrement aux temps d'angoisse et de douleur. Répands d'en-haut une telle plénitude de tes dons, que tous, pasteur et troupeau, irradient sur le monde la lumière de leur foi, le soutien de leur espérance, la force de leur amour.

Par Toi, Esprit illuminateur, Esprit de conseil et de force, les intelligences chrétiennes de tous ordres, humble ou élevé, comprennent et sentent non seulement l'extraordinaire gravité, mais encore la lourde responsabilité de l'heure présente où un vieux monde qui décline dans la douleur en engendre un nouveau. Eclaire, pour tous ceux qui portent au front le signe du Christ, le sentier étroit de la vertu qui seul conduit au salut, afin qu'ils s'éveillent du sommeil de l'indifférence, de la tiédeur et de l'irrésolution et commencent d'avancer hors des tortuosités désordonnées des choses terrestres.

Que par Toi, Esprit consolateur, les innombrables cœurs qui gémissent presque brisés, écrasés sous le poids des angoisses et des restrictions, des sacrifices et des injustices, des oppressions et des avilissements, retrouvent l'apaisement vivifiant de la résignation et surtout la force que donne la confiance !… Sois le repos dans la fatigue, le rafraîchissement dans l'aridité, la chaleur dans le jour glacé, le soulagement des pleurs. Sois le Père des orphelins, le défenseur des veuves, la nourriture des pauvres, le soutien des abandonnés, le toit des exilés, le défenseur des combattants, le libérateur des prisonniers, le baume des blessés, le médecin des infirmes, le refuge des pécheurs, l'assistance des mourants. Console et réunis ceux qui s'aiment d'un cœur pur et que les durs bouleversements actuels ont séparés. Fais que, là où les réconforts humains sont muets, parle le sourire et se tende la main de la charité chrétienne ; qu'aux yeux de la foi resplendisse, gage d'intarissable joie, l'aurore du jour où la surabondance de ton ineffable récompense accomplira la parole de l'Apocalypse : " Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses auront disparu (3) ".

Esprit, Maître de vérité, inspire et diffuse dans le cœur et dans l'intelligence des hommes, non point par crainte du sacrifice, mais par réveil moral, un désir intense de paix, paix de justice, de modération et de sagesse, paix qui dans ses buts, dans son fondement, dans son accomplissement, ne démente pas la parole admonitrice : " Il n'y a ni sagesse, ni prudence, ni conseil contre le Seigneur " (4) ; en même temps infuse-leur la ferme volonté de ne point se dérober aux indispensables prémices de cette paix, à ses bases, aux développements de ses conséquences. Fais que les gouvernants des peuples élèvent et dirigent leur pensée vers la dignité, les bienfaits, les mérites de cette paix tant souhaitée, et qu'ils mesurent les droits vitaux de leurs nations non à la longueur de leur épée, ni à l'extension d'avantages convoités, mais selon la norme sainte de la volonté et de la loi divines.

O Esprit créateur, visite les esprits de tes fidèles, emplis les cœurs de ta grâce ; aussi longtemps que durera ce temps d'épreuve accorde avec l'omnipotence de tes dons, à Nous, gardien du troupeau du Christ, et à tous ceux qui écouteront Notre voix, de pouvoir accomplir et promouvoir avec une foi ferme, une joyeuse espérance, une charité enflammée, la mission salvatrice confiée par le Christ à ses disciples : eritis mihi testes ! jusqu'au jour où l'Eglise ayant dépouillé le deuil, signe de son indicible douleur, pourra par la reconnaissance et la jubilation s'écrier devant le Dieu de paix, le Soleil de justice :
" La droite du Seigneur a opéré des prodiges, la droite du Seigneur m'a exalté… Je ne mourrai pas, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres du Seigneur (5) ".

(1) : Act., II, 10
(2) : Ps. LXXIX, 15, 16
(3) : Apoc., XXI, 4
(4) : Prov., XXI, 30
(5) : Ps. CXVII, 17
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